— C’est le manteau de Roméo.

R… affirmait que ces simples paroles déterminaient chez les femmes des transports de tendresse et je le crois volontiers.


Ceux qui emploient la méthode sentimentale marchent avec noblesse, s’accoudent volontiers aux cheminées, sont plus ou moins poètes ou musiciens. Ils redoutent le ridicule. Si un de leurs parents meurt, ils puisent une petite consolation dans le fait qu’ils s’habilleront de noir et qu’ainsi leur costume sera en harmonie avec celui du personnage idéal qu’ils ont inventé pour plaire.

Ils préfèrent se mouiller que de porter un parapluie. Ils ont raison. Étant donné l’idée noble qu’ils donnent d’eux-mêmes, le parapluie, avec son aspect bourgeois et pratique, ne peut que leur nuire.

Du reste il convient d’observer que le parapluie apporte toujours une petite diminution à l’admiration qu’on a pour quelqu’un, même s’il s’agit d’une femme.

Il n’est utile que dans un seul cas, un jour de pluie naturellement, pour faire la connaissance dans la rue d’une femme qui a oublié le sien et qui craint de mouiller les plumes de son chapeau. Encore est-il vraisemblable que la femme utilisera le parapluie pour gagner un omnibus ou une voiture et vous quittera avec des paroles vagues de remerciement.

Ceux qui emploient la méthode sentimentale ne plairont jamais à toute une catégorie assez nombreuse de femmes. Dans cette catégorie il y a celles qui sont vénales par nature ou par métier, celles qui aiment les paroles cyniques, celles qui allient une extrême sensualité à un caractère très pratique. Les actrices particulièrement sont peu sensibles au sentimentalisme ; leur cœur est vieux et le sentiment est une poésie propre à la jeunesse.


Il ne faut jamais écrire, soit quand on fait la cour à une femme, soit au début d’une liaison, de longues lettres élégiaques où l’on peint un tendre amour. Les termes de ces lettres prennent malgré soi un caractère suranné et rococo. Elles font penser à des mèches de cheveux conservées dans un vieux coffret. Un souffle lamentable les anime. Quelque allégresse que l’on porte dans son cœur, elles laissent percer le dégoût de la vie, une tristesse immense. Or cette tristesse est la plus grande ennemie de l’amour. On mêle vainement à tout cela la poésie dont on est capable. On ne fait qu’aggraver son cas. Les énumérations de fleurs, les descriptions de sites charmants dans lesquels on s’est promené, où on voudrait se promener à deux, produisent toujours un effet de ridicule et de désenchantement.