La principale occupation sera de faire tourner des tables. Insoucieux de l’ironie du jeune homme sceptique, déclare immédiatement que tu es un médium de premier ordre, que tu fais, comme il te plaît, venir les esprits, que la magie n’a pas de secrets pour toi. Tu n’as pas à craindre d’être confondu si tu affirmes avec audace. Là, un besoin de crédulité possède toutes les âmes. Le fondateur de religion te reconnaîtra tout de suite pour un des siens ; le mari te respectera comme un maître ; une des personnes laides et intellectuelles verra dans l’obscurité du fluide sortir de tes mains.
Du reste, ta surprise sera grande de constater que les tables tournent à merveille, se lèvent sur un pied, frappent des coups à ta voix. Les esprits des hommes célèbres t’obéiront docilement, parleront comme il te plaira. Le jeune homme sceptique n’aura qu’à bien se tenir car il te sera très aisé d’empêcher qu’il soit désormais invité en déclarant que Napoléon ou que Louis XIV se refusent à venir en sa présence. Comment une maîtresse de maison un peu avisée hésiterait-elle un instant entre un jeune homme quelconque et d’aussi grands personnages ?
Et comment aussi une jeune dame blonde, quand elle donne à la vie future plus d’importance qu’à la vie présente, peut-elle ne pas désirer, de toute son ardeur, avoir pour amant sur cette terre d’exil, quelqu’un qui a un rayonnement astral, qui est prophète, en communication avec les esprits et qui peut faire mourir ses ennemis en enfonçant une aiguille dans une petite figure de cire ?
MÉTHODE DE LA PUISSANCE D’ATTRACTION
J’allai voir un jour mon ami B… C’était un garçon fin, intelligent, mais timide et n’ayant pas de confiance en lui. Appelé par sa situation dans le monde et ses facultés à jouer un rôle important, il avait laissé sa volonté se désagréger et était considéré par tous comme un incapable. Il était trop riche et il avait trop de parents. Étant de beaucoup le plus intelligent de sa famille, une ligue occulte s’était formée parmi ces parents pour déclarer qu’il était stupide. Il l’avait cru, ou il avait laissé croire qu’il le croyait.
Mais à cause de sa réputation une jeune fille qu’il aimait et qu’il avait demandée en mariage avait refusé de l’épouser.
J’aimais beaucoup B… pour sa vision comique de la vie qui est la revanche de tous les faibles. Nous parlâmes de mademoiselle X… et des déceptions qu’elle lui avait causées. Je pensais qu’il avait renoncé à tout espoir et j’essayai doucement de la déprécier, pensant le consoler un peu.
Mais il protesta vivement. Il me déclara que rien n’était perdu pour lui et que, malgré le refus formel de mademoiselle X… et de ses parents, il n’avait jamais été en aussi bonne posture. Je lui en demandai l’explication et ce qu’il comptait faire pour que ses projets réussissent.
— J’ai fait une grande découverte, me dit-il, qui me permettra d’être aimé. L’amour est une attraction s’exerçant entre deux êtres. Chacun de nous possède une certaine puissance d’attraction. Il faut pour être aimé développer en soi sa puissance d’attraction et le moyen de la dégager. C’est ce que je fais en ce moment.
— Avez-vous obtenu quelque résultat ? lui demandai-je.