— Aucun, pour l’instant, s’écria-t-il. Je n’ai plus revu mademoiselle X… C’est dans la solitude et par l’effort de la volonté que la puissance d’attraction se développe. Je ne sors plus de ma chambre. Il viendra un moment où je serai aimé de mademoiselle X… sans que je l’aie revue. Je ris de mon ami Paul U… qui fait la cour à mademoiselle X… et qui se donne pour lui plaire un mal infini. Il croit avoir des avantages sur moi parce qu’il a une importante situation à la banque de son oncle, parce qu’il est agréé de la famille, parce qu’il joue au tennis avec mademoiselle X… et qu’il flirte avec elle dans les bals où ils se rencontrent régulièrement.
— Cependant il me semble, hasardai-je timidement…
— Non, non ! reprit B…, je triompherai de Paul U… avec une certitude d’autant plus grande que je ferai moins de démarches. C’est le résultat d’un calcul, c’est mathématique. Ma cousine m’a, l’autre jour, invité à un thé où je pouvais rencontrer mademoiselle X… Je n’ai eu garde d’accepter !
— Pourtant.
— Cela m’aurait détourné de développer ma puissance d’attraction. C’est seul, entre ces quatre murs, que je dois décider de ma victoire.
J’appris à quelque temps de là que mademoiselle X… venait d’épouser Paul U… Mon ami B… n’avait-il pas suivi point par point sa méthode ? Ou le fait d’être dans une banque, d’avoir l’estime des parents, d’être habile au tennis, vaut-il mieux pour conquérir une jeune fille que la plus grande puissance d’attraction ? Je laisse au lecteur le soin de le décider.
MÉTHODE DU VIOL
On voit dans les journaux que des êtres instinctifs et grossiers renversent des femmes sur des chemins déserts et parfois les mettent à mort. Ces tentatives criminelles inspirent évidemment l’horreur. Mais comment se défendre d’une certaine admiration en songeant que ces personnages aux nerfs peu délicats accomplissent l’amour en quelques secondes, sans les défaillances habituelles aux imaginatifs ?
Jadis, j’entendais un certain R…, qui depuis trois ans était aimé follement par une toute jeune personne au visage ingénu, dire qu’il n’avait obtenu cet amour que parce qu’il avait pris de force cette maîtresse. Il racontait qu’il l’avait fait venir dans sa chambre d’une façon d’autant plus aisée qu’il avait été jusqu’alors poli et respectueux à son égard. Il s’était alors jeté brusquement sur elle. Une lutte s’était engagée qui ne s’était terminée qu’au bout d’une heure de temps par sa victoire que je n’ai jamais pu m’expliquer.
Il y a, en effet, des femmes qui aiment la sensation de voir un être charmant, raisonnable et doux se transformer brusquement en un inconscient sauvage qui les brutalise. Mais l’on ne peut pas jouer le personnage du sauvage. Il faut l’être réellement. Qu’arriverait-il et de quelle confusion ne serait-on pas saisi si l’on faisait tous les gestes du viol et si, à la dernière minute, au moment où la victime se résigne avec curiosité, on n’avait ni l’autorité ni l’absence d’émotion indispensables ?