Ces battements du cœur, ces tremblements, cette fébrilité qu’occasionne une étrange faiblesse, peuvent être à la rigueur excusés par une femme qui a l’habitude de l’amour, si on les met sur le compte d’un excès de désir, d’une immense tendresse. Ils couvriront d’un juste ridicule celui qui aura voulu se parer du prestige de la brutalité et qui n’aura pu en donner les bienfaits.

MÉTHODE DU CYNISME
(ART DE TROMPER)

J’avais jadis un excellent camarade qui s’appelait Henri D… Il était intelligent, il avait une jolie femme et surtout il m’admirait beaucoup. Je me plaisais infiniment en sa compagnie.

Nous nous voyions assez souvent et un jour il m’invita à dîner. Son intérieur était très agréable, j’étais de bonne humeur et tout faisait prévoir que j’allais passer une très heureuse soirée. Je vis aux préparatifs que l’on avait faits que cette invitation à dîner était un événement important. L’on se réjouissait beaucoup de m’avoir.

— Ma femme et ma belle-mère, me dit Henri D…, vous ont fait un plat spécial qu’elles ne font que dans les grandes occasions et pour les gens qu’elles aiment beaucoup.

On se mit à table et la conversation porta uniquement sur le point de savoir si j’aimerais ou non le plat en question. Il vint enfin. J’y goûtai au milieu de l’anxiété générale. Le plat était pour moi une chose effroyable dont la seule odeur me soulevait le cœur. Je déclarai en souriant que c’était un plat délicieux et je félicitai les auteurs. Je fis un effort sur moi-même et je me forçai à manger ce qu’on m’avait servi. Toute ma soirée fut empoisonnée.

Quelques semaines s’écoulèrent et je revins dîner chez mon ami Henri D… :

— Il y a une surprise pour vous, me dit tout de suite madame Henri D…

— On sait que vous êtes gourmand, ajouta la belle-mère de mon ami.

— On ne me gâte pas comme ça, dit Henri D…