Les femmes qui ont une horreur native de la vérité, en présence de celui qui leur oppose une sincérité absolue, sont comme ces nègres très sauvages des îles de l’Océanie qui n’ont jamais vu un blanc. Ils croient d’abord qu’il est peint en blanc et que, si on frotte sa peau avec vigueur, la couleur noire qui est la couleur normale va reparaître. Quand ils s’aperçoivent de leur erreur, ils tombent aux genoux du blanc et l’adorent comme un Dieu.

Quand votre maîtresse vous demande : « A quoi penses-tu ? » il ne faut pas lui répondre comme tous les amants qui existent : « A toi. » Et si on lui dit qu’on ne pense à rien, ce qui arrive la plupart du temps, on grandit aussitôt dans sa pensée, car ce néant qui lui est familier a pour elle une valeur.


De même, pour bien tromper sa maîtresse, il faut lui dire en riant la vérité. On ne craint que les choses inconnues. La femme n’aura pas peur d’une aventure présentée sous un jour plaisant, invraisemblable. On aura beau jurer que ce qu’on dit est vrai, toujours en riant bien entendu, elle n’y ajoutera pas foi.

Si cependant ses soupçons se sont précisés et si, par une série de plaintes, de scènes intolérables, de violences de langage, d’objets brisés, elle vous oblige à apporter une solution à cet état de choses, il faut opter entre deux partis :

Dire simplement et gravement :

« Tu sais bien, au fond, que je suis incapable de te tromper. »

Cette parole est, je ne sais pourquoi, revêtue d’une grande force ; en tout cas, quand les femmes nous la disent, elle est toujours irrésistible.

Ou bien, s’écrier : « Eh bien ! oui, je t’ai trompée ! » et en expliquer, avec une sincérité véritable, les causes et les circonstances.

Le deuxième parti est le meilleur. L’aveu est puissant. Il a l’éclat de tout ce qui correspond à un fait vrai. Si on aime, on peut se faire pardonner. Si on n’aime plus, grâce à cet aveu, on a fait un pas en avant qui sera, hélas ! suivi de pas en arrière, sur le chemin escarpé, hérissé de cailloux et d’épines aiguës, qui conduit à la rupture.