— Que veux-tu dire ?
— Tu es dans la vérité ; tu as pris le bon côté de la vie. Tu veux ta maîtresse à telle heure, tu l’as. Le reste du temps, elle peut te tromper mille fois, cela t’est bien égal. Moi qui te connais, je vois bien que tu es au courant de tout et que tu t’en moques. Je t’admire et je t’envie.
L’admiration la plus joyeuse était peinte sur sa physionomie. J’aurais voulu avoir l’énergie de le gifler. Mais il parlait avec une grande sincérité amicale.
— Ah ! je voudrais bien être comme toi, mais non, je suis un instinctif, une brute.
Et je songeai qu’il avait raison.
L’INDISCRÉTION, LES CONFIDENTS, LES BONNES
Il est indispensable de passer pour discret et pourtant il faut donner à ses amours, quand ils sont brillants, une certaine publicité afin d’en retirer tout le bénéfice moral. Il y a une conciliation difficile à trouver.
Un homme dont les femmes seraient assurées de la discrétion, aurait une multitude de bonnes fortunes. Une liaison officiellement reconnue, mais que l’on tient cachée en apparence avec un soin très visible, est encore la meilleure chose.
Mais nous avons un irrésistible besoin de raconter nos peines et nos joies. Une force mystérieuse oblige les hommes à parler. Aussi tout se sait. On n’est jamais assez persuadé de cette vérité. Les confidences faites sous le sceau du secret et après un serment, volent de bouche en bouche. Les plus forts résistent une heure, puis ils disent. Les plus faibles vous écrivent et vous font venir. Pour avoir l’occasion de parler ils font des visites et des démarches.
De même que l’homme qui a pris un fiacre et qui n’en a pas l’habitude, en fait claquer la portière pour que les gens chez qui il arrive sachent qu’il est arrivé en fiacre et ensuite laisse tomber négligemment dans la conversation que le fiacre l’attend à la porte, de même l’homme qui a une maîtresse fait claquer aux oreilles de son interlocuteur les souvenirs de sa nuit, il livre les détails charmants ou voluptueux de l’intimité avec le même orgueil que l’homme au fiacre met à dire qu’il a donné un franc de pourboire au cocher.