Je répondais :
— C’est vrai, tu as peut-être raison, en hochant la tête.
Mais en moi-même je songeais que sans doute Charles avait fait la cour à ma maîtresse et que celle-ci l’avait durement repoussé. Je me la représentais, luttant contre le désir de tous mes amis, de tous les hommes, et devenant l’objet de la colère générale à cause de sa vertu, de son noble amour pour moi. Je faisais le serment de la défendre contre tant d’injustice. Une multitude de souvenirs charmants que je croyais morts revivaient à ma mémoire avec des couleurs éclatantes et faisaient pâlir tous les griefs. Je l’aimais davantage parce qu’on ne la trouvait ni jolie ni agréable.
Telle est toujours en ces matières l’erreur de l’amitié.
— Je t’admire, me dit un jour le peintre F…, homme perpétuellement illuminé par la joie de vivre.
Je le regardai, étonné. Son visage exprimait en effet une admiration dont je m’enorgueillis aussitôt.
Comme beaucoup de peintres, F… avait une finesse excessive d’intelligence pour certaines choses mais était complètement fermé à d’autres.
— Oui, je t’admire d’avoir un tempérament si peu jaloux.
— Comment ?
— Moi, je suis d’une nature toute différente. Je suis violent malgré moi. La seule idée que ma maîtresse me trompe, m’affole. Je la battrais volontiers. Et en somme, c’est toi qui as raison.