Elle eut des trésors d’invention pour cribler Pierre T…, résigné à tout, de paroles désagréables et blessantes. En vain j’essayai de les atténuer. Il ne se révolta jamais même quand Henriette L… me prit la main devant lui en le regardant avec une délicieuse ingénuité, comme pour le prendre à témoin.

Il était sur le chemin désolé du renoncement. Il demanda en partant à Henriette quand il pourrait la revoir. Celle-ci répondit qu’elle était trop occupée pour que ce soit possible et il s’excusa de sa demande en déclarant qu’il était tout naturel qu’elle soit très occupée.

Il partit. Son pas était si pesant dans l’escalier que je pris mon chapeau, de fort mauvaise humeur, et que je descendis après lui. Je le suivis quelques instants dans la rue en admirant la supériorité physique qu’il avait sur moi et en m’admirant moi-même d’en avoir triomphé, par des paroles, des actions habiles, de l’amour.

Je lui frappai sur l’épaule, il se retourna et je lui dis :

— Je ne voudrais pas que vous m’en vouliez…

Son visage exprima une telle surprise et une telle tristesse que je m’arrêtai. Il répondit en rougissant :

— Mais pourquoi ?

A ce moment un arroseur dirigea vers nous le tuyau qu’il tenait à la main et des gouttes d’eau mélangées de poussière nous éclaboussèrent. L’arroseur prononça en même temps des injures que nous comprîmes mal et que motivait notre immobilité.

Nous dîmes en même temps, Pierre T… et moi, une phrase à peu près semblable qui équivalait à ceci :

— Ces arroseurs sont d’une grossièreté !…