Nous étions l’un en face de l’autre, nous nous regardions silencieusement et l’arroseur continuait à nous menacer.

Pierre T… me tendit la main pour mettre un terme à cette inepte situation, en disant :

— Alors, au revoir et je vous remercie.

Je répondis stupidement :

— Mais c’est moi…

Je revins sur mes pas, très mécontent de moi-même, ayant le sentiment d’avoir violé, par une inexplicable pitié, des lois imprescriptibles de jalousie et de haine vis-à-vis de l’homme qui a aimé avant vous une femme qu’on aime.

Je sentis, quand je rentrai chez Henriette et qu’elle me demanda pourquoi j’étais parti brusquement, que je devais lui répondre que c’était pour frapper au visage Pierre T… Je n’en eus pas le courage. Je lui dis la vérité et elle m’en voulut pendant plusieurs jours.

LES MAITRESSES LAIDES

Il y a des hommes modestes qui s’appliquent à conquérir une maîtresse laide parce qu’ils croient que c’est plus facile que de conquérir une maîtresse jolie.

C’est une erreur. La longue habitude d’être désirée, les regards qui l’ont suivie, des paroles bizarres prononcées par des hommes qui l’ont croisée dans la rue, ont, dès l’enfance, prédisposé la jolie à se donner. Elle sait qu’il y a en elle une fatalité de plaisir.