Le repas fut gai. Des miracles de sous-entendus, des prodiges de souvenirs compris à demi-mot me permirent de jouer mon rôle de M. Hubert.
Elle était fatiguée, nous montâmes de bonne heure dans nos chambres qui étaient contiguës. Elle défit ses cheveux qui lui donnaient mal à la tête, nous respirâmes l’air du soir à la fenêtre, et j’eus alors sur les montagnes, la nature, nos cœurs, l’amour, des paroles sentimentales et spontanées qui déterminèrent le sens de la soirée. Je connus un bonheur plus honorifique que réel.
Au matin, j’allai me promener seul et regardai les femmes sur les quinconces avec une suffisance qui ne m’était pas habituelle.
Ma conception de l’humanité était changée. La vie était, pour les audacieux, une série d’aventures joyeuses et imprévues.
Quand je rentrai, mon amie avait reçu un télégramme d’un de ses oncles malade qu’elle appelait « le général » et qui l’obligeait à partir pour Ostende.
Nous nous précipitâmes à la gare. Je pris son billet. Il y a loin d’Ostende à Luchon. Presque tout mon argent s’en alla en échange d’un petit morceau de carton.
Sur le quai, un peu d’amertume me vint et aussi l’envie confuse de montrer que je l’avais dupée.
— Et si je n’étais pas M. Hubert ? dis-je.
Elle se mit à rire comme s’il s’agissait d’une plaisanterie que nous avions faite à deux.
— N’est-ce pas que c’était un bon moyen ? fit-elle.