Si tu invites à dîner, parle de suite d’un curieux petit restaurant où il y a des peintres et où la cuisine est exceptionnelle. Tu peux alors aller chez n’importe quel modeste marchand de vins dont les prix sont en rapport avec tes ressources. Il te suffira de demander en entrant si M. Villette n’est pas venu ce soir, pour parer cet endroit, aux yeux de ta compagne, de tout le charme de la vie des artistes.

Ces sortes de liaison commencent dans les fiacres. Elles sont éphémères comme une course à deux francs l’heure.

Il vaut mieux. La vie à deux sans argent est un abîme de tristesse, même quand on aime. Sacrifie l’amour dès l’origine. Il te paralyserait, limiterait ton action et tu le verrais mourir tout de même, à cause des draps qu’on ne change pas assez souvent, de l’odeur de la cuisine qu’on fait chez soi, du repas pris parmi tes livres, à cause de cette rancune qu’engendre la pauvreté à deux.

Reste seul, travaille davantage, applique-toi à conquérir les hommes, ce qui est bien plus important que de conquérir les femmes.

Et dis-toi qu’il y a, avec une immense mélancolie, quelque douceur pourtant, dans le souvenir d’une main qui t’a échappé sans t’avoir donné toute sa chaleur, dans le souvenir d’un beau et cher visage disparu…

MANIÈRE DE SE CONDUIRE AVEC LES HOMMES INFLUENTS

Étant sans maîtresse attitrée, tes jours seront libres. Le plus grand danger qui te guettera est celui des cafés où il fait chaud, l’hiver, où il y a des amis joyeux qui causent et boivent. N’y demeure qu’autant que cela sera nécessaire à resserrer des liens précieux d’amitié. Va dans la vie, n’importe où, au hasard, il y a une récolte dans chaque milieu.

Tu verras des êtres divers ; des antipathies et des sympathies naîtront autour de toi. Tu feras un choix et ta personnalité trouvera son chemin comme une rivière creuse son lit dans une montagne qu’elle descend.

Ne va pas juger si un homme est important d’après son costume. A une certaine hauteur l’artifice du vêtement est inutile. L’homme important sait bien que sa puissance se dégage naturellement autour de lui comme une atmosphère. Tu seras même bien étonné un jour, si tu vas aux courses, quand on te désignera un homme très modestement vêtu et qu’on te dira : C’est un Rothschild.

Du reste l’estime d’un honorable pauvre est plus précieuse quelquefois que l’amitié d’un ministre.