Et soudain sur l’autel un visage apparut,
Fendant le tabernacle en forme de losange,
Et je connus, à voir ses yeux mats et fendus,
Que c’était là Satan, le plus triste des anges.

La chapelle s’emplit d’étranges Chérubins,
Un pli pervers au coin de leurs bouches trop roses,
Hors du vieux bénitier, comme l’on sort d’un bain
Un démon noir et nu jaillit, tenant des roses.

La jeune fille ouvrait ses bras en frémissant.
Des confessionnaux, des châsses polychromes,
Des êtres surgissaient, bronzés et languissants,
Luxurieusement sortaient des formes d’hommes.

Et quelques-uns avaient des babouches d’argent,
Des turbans verts et des colliers talismaniques.
Les démons se changeaient en Iblis d’Orient,
Des bruits de tambourins berçaient la basilique.

Puis marchèrent, légers, à travers les arceaux,
Des jeunes gens frisés sous des tuniques grecques.
Les Eros remplaçaient les anges des vitraux,
Adonis se leva du tombeau des évêques.

Des bacchantes, les seins de leurs doigts lacérés,
Trouaient de blanc l’air que l’encens faisait opaque
Et couraient çà et là, ivres de vin sacré,
Comme aux soirs fastueux des fêtes dionysiaques...

Des Osiris, moitié hommes, moitié taureaux,
Sur les dalles jetaient les Aphrodite blondes.
De lunaires Tanit couvertes de joyaux,
Recevaient des Baal les étreintes profondes.

Des Thamuz poursuivaient de fuyantes Ishtar;
Sabaoth déployait son ventre de ténèbres.
Sous les ciboires d’or et les cierges blafards,
Teutatès et Mithra confondaient leurs vertèbres.

Puis ce fut un fourmillement plein de fureur,
De vagues dieux grossiers des temps cosmogoniques,
D’une animalité sans forme et sans couleur,
De signes primitifs, de pierres priapiques.

Et les verrières en flambant firent pleuvoir
Des étoiles et des soleils d’Apocalypse,
Et sous les voûtes ruisselantes, je crus voir
La jeune fille nue en des clartés d’éclipse...