Les lustres un à un à minuit s’éteignirent,
Mais ensuite quelqu’un vint et les ralluma,
Le couloir se remplit de pas furtifs, de rires
Étouffés, une fête étrange commença.
Les trois filles étaient d’abord intimidées,
Minaudaient et croisaient leur châle sur leur peau.
Mais la princesse mit à leur bouche fardée
Le chaud baiser qui rend tous les humains égaux.
Elle les dévêtit et leur tendit les verres
Dont le vin débordant lui coulait sur les bras,
Elle dansa, tendant ses bijoux aux lumières
Ou se blottit près du laquais au menton ras.
Elle fuma, croisant ses jambes sur la table,
Culbutant de son pied les cristaux et les fleurs,
Et l’âme en proie à un génie inexorable
Elle cria des mots grossiers avec fureur.
Un tzigane jouait une valse en sourdine,
Un autre maintenait une fille sous lui.
Les bouteilles gisaient comme des javelines
Dont la flamme à travers les gorges avait lui.
Et vautrée au milieu des plats d’or et des grappes,
Son dos clair s’écrasant sur des magnolias,
La robe déchirée, ayant pour lit la nappe,
La princesse pâmée au laquais se donna.
L’aube cristallisa l’hôtel parmi les ombres...
La goutte d’un bijou qu’on perd... Un pas qui fuit...
Un bruit de porte... Un corridor... des formes sombres...
La grosse main carrée où sautent des louis...
LE SÉRAIL MORT
C’est un palais rempli de jeunes filles mortes...
De longs corps délicats sont cloués sur les portes.
Certains, par les cheveux, sont noués aux piliers,
D’autres la tête en bas, pendent dans l’escalier.
Le sang coule parmi les faces puériles,
Le long des seins menus et des sexes nubiles.
De grands nègres hagards passent parmi les corps,
Le long des bassins bleus et des colonnes d’or,
Piquant avec des pieux et tenant par des chaînes,
Des panthères à jeun, ivres d’odeur humaine.
Un air, sur un théorbe indien, traîne et gémit.
Il tombe des vitraux un soleil cramoisi
Et le sultan pensif au haut des balustrades
Remue indolemment ses bracelets de jade
Et parle de l’amour et de son sens profond
Avec le nain bossu qui lui sert de bouffon.