Car ils ne voulaient pas entrer dans le silence
Sans percer de leur cri de plaisir les cieux lourds.
Ils désiraient connaître en mourant la puissance
De la vie, éclater de jeunesse et d’amour.

Mais déjà les oiseaux tombaient comme des pierres,
Les chevaux étaient morts debout, tous les tocsins
Hurlaient dans la soirée aux verdâtres lumières...
Eux, pensaient seulement à la forme des seins...

Ils apprenaient le rythme essentiel du monde.
Le plaisir à présent devenait mutuel
Et la terre en cassant ses vertèbres profondes
Leur donnait un nouvel aliment sexuel.

Les jeunes filles par l’étreinte ravagées
Gémissaient et serraient les hommes sur leurs flancs.
Les dents marquaient les cous et les lèvres mangées
Entre elles se buvaient intarissablement.

La mer se souleva, les montagnes flambèrent
Le ventre de la terre eut des bruits de canon...
Sortis des profondeurs des monstres émergèrent
Les peuples affolés devinrent des charbons...

De hauts vaisseaux lancés par des ras de marée
Allèrent s’enfoncer au milieu des labours...
Le fleuve fou roula sur la ville égarée...
Les amants demeuraient l’un sur l’autre toujours...

La lune se fendit dans le ciel de désastre...
Des geysers de feu par milliers jaillissaient...
Mais sous la lave en flamme et sous les morceaux d’astre,
Les amants enlacés toujours se possédaient...

Et plus haut que le jet des volcans gigantesques,
Dans le chaos et les éthers carbonisés,
Arrêtant les soleils dans leur folle arabesque
Monta le dernier spasme et le dernier baiser...

LA MESSE DE L’ANE A CORNES

L’âne à cornes se peint, se maquille avec soin.
Ses mignons près de lui se tiennent les pieds joints,
Prêts à lui présenter un corps qu’il aime à mordre.
Ses femmes sont sur des divans, guettant ses ordres.
Mais quand il a vêtu l’étole de brocart
Et la mitre, il les quitte en faisant des écarts,
Il sort de son palais et s’en va vers les bouges.
Il cogne les judas avec sa patte rouge
Et pelée, et fait voir son mufle monstrueux.
A son cri, le rebut de tous les mauvais lieux,
Les matrones, les procureurs et les ribaudes
Viennent vers lui, dansant de joie, chantant des laudes,
Et l’un porte un ciboire et l’autre un ostensoir,
L’autre lève en riant deux cierges dans le soir.
Alors, sur un autel formé d’un dos de femme,
Des nains chauves servant d’enfants de chœur infâmes,
Et sous la cathédrale immense du ciel bas,
L’âne bénit, étend son étole grenat
Et semble célébrer une messe grotesque.
Et quand avec sa patte il trace une arabesque,
Frappant la femme-autel du sabot à grands coups,
Le peuple agenouillé roule sur les cailloux
Parmi les détritus et les choses impures.
L’un étreint le ruisseau, l’autre baise l’ordure,
Un autre mord au cierge et mange avidement,
Et tous, les yeux soudain grandis stupidement,
T’adorent dans la nuit de plus en plus profonde,
Ane à cornes galeux qui règnes sur le monde!...