L’empereur accoudé près des porteurs de lyres
Incline entre ses mains peintes son front frisé,
Il ordonne la mort du coin de son sourire,
Du clignement de ses yeux verts décomposés...

Le vainqueur ébloui voit enfin la bataille
Et les vaincus masqués qu’il ne haïssait point
Et portant ses lauriers, soutenant ses entrailles,
Plein d’orgueil, il trébuche et va mourir plus loin...

LES VOLUPTUEUX

Les laquais ont servi les sorbets à la rose
Et les voluptueux ont pris de tendres poses
Pour écouter l’orchestre invisible à travers
Les tentures de soie étrange aux tons de chair.
On voit le parc charmant par les portes vitrées
Et l’air tiède est rempli d’une ambre évaporée
Mêlée artistement aux aromes des fleurs...
Avec son voile vert dépouillant ses pudeurs
La jeune fille au corps parfait s’est mise nue
Pour que les jeunes gens et les femmes venues
Pour la beauté, parmi les bouquets et les ors,
Jouissent par l’esprit des lignes de son corps.
Ils n’ont pas entendu les pas dans les arbustes.
Ils n’ont pas vu surgir les faces et les bustes
Du peuple, des affreux escaladant les murs
Pour profaner le parc où fleurit l’art impur.
La foule est là, obèse, extravagante, énorme...
Et le dégénéré à tête un peu difforme,
Au cou trop long, aux yeux rougis d’avoir trop lu,
Qui sait des joueurs grecs les secrets disparus,
Prend la lyre et, chétif, devant l’horrible horde,
Fait merveilleusement résonner les sept cordes.
Le peuple grimaçant grogne, grince des dents
Et n’ayant pas compris s’éloigne cependant.
Mais les voluptueux à peine une seconde
Dérangés par le bruit qu’a fait la vie immonde,
Se recouchent dans l’épaisseur des coussins d’or,
Savourant les sorbets, les vers et les beaux corps.

LE DERNIER SPASME

Comme ils avaient compris le sens de la comète,
De l’épaisseur de l’air et du trouble des eaux
Les jeunes gens, hantés de luxures secrètes,
Entrèrent en courant dans le parc du château.

Déjà des craquements sortaient du creux des arbres,
Les lévriers pâmés hurlaient sur les gazons...
La chaleur partageait les vasques et les marbres
Et la mort répandait sa forte exhalaison...

Ils sautèrent soudain sur les trois jeunes filles,
Ils les prirent contre eux avec de fortes mains
Et foulant le parterre et franchissant la grille
Bondirent à cheval en les tenant aux reins.

L’horreur embellissait les trois nobles visages,
La lutte dessinait la ligne des corps purs.
Sur les portes, des gens criaient à leur passage...
Mais déjà des éclairs zébraient d’or les azurs...

La cavalcade alla jusqu’aux forêts prochaines.
Là, les déshabillant, leur broyant les genoux,
Les hommes en fureur sous les ombres des chênes
Prirent les trois enfants aux corps minces et doux.