Le César languissant et le front ceint de roses
Presse parfois la main d’un mignon favori,
Et ses yeux verts sous les paupières demi-closes
Ont les stagnations d’une eau d’étang pourri.

Et les gladiateurs se cherchent de leur glaive,
Ils fendent l’air, frappent le sable éblouissant,
Leur bras vers l’ennemi chimérique se lève
Jusqu’à ce que les coups fassent jaillir le sang.

Pour mieux voir le combat des aveugles, des hommes
Qui sans croiser leurs yeux vont se percer le cœur,
La foule en s’écrasant et par grappes énormes
Hors des balcons cintrés déborde avec fureur.

Elle pousse des hurlements, elle stimule
Le combat et se pâme à chaque corps à corps,
Et les chrétiens captifs au fond des cunicules
Se pressent en tremblant au souffle de la mort...

On entend le métal qui sonne sur les casques
Et les corps partagés s’écroulent sous les chocs.
Les muscles du héros soudain deviennent flasques,
Un esclave le traîne au loin avec un croc.

Il meurt tout seul dans l’ombre au cri des populaces,
Etouffé par la nuit dans le cirque vermeil.
Nul ne saura jamais ce que ses mains embrassent,
Son immense désir de revoir le soleil.

Mais le dernier vainqueur tient la dernière gorge.
Le glaive est suspendu sur le gladiateur.
Les deux thorax en feu brûlent comme des forges
Et le casque sans yeux questionne l’empereur.

Alors une folie étrange prend la foule,
Un beuglement de mort jaillit sinistrement.
Son cercle immense ondule, elle tourne, elle roule...
Des millions de fous dansent en écumant.

«Il faut crever encor cette poitrine humaine,
Jamais assez de sang ne repaîtra nos yeux!»
Une onde d’hystérie emplit la plèbe obscène,
On voit les Augustans s’égratigner entre eux...

Une femme va s’écraser contre la piste...
Une autre en gémissant mâche et mord son miroir...
Une vierge arrachant sa tunique améthyste
Se donne dans un coin à des esclaves noirs...