«Voici le tentateur au bouquet, l’ingénu,
Bélial dont la bouche est faite de babines
Et celui qui ressemble à quelque arbre chenu
Et dont les pieds au sol tiennent par des racines.
«De sa gorge, ce ténébreux crache la nuit
Et ce blême verse la peur et le silence.
Le triste qui se tait et qui pense est celui
Qui mangea les fruits noirs de l’arbre de science...»
C’était un grouillement de faces, de contours,
Qui semblaient tout d’abord effrayants. L’épouvante
Me faisait des os grelottants, un crâne lourd,
Mais je vis derrière eux deux formes étonnantes.
Une clarté venant de ces formes, montrait
Des fiertés sans espoir, des grandeurs imprévues.
Des visages affreux masquaient de beaux secrets,
Reflétaient des douleurs humaines jamais vues.
Le démon qui parlait par des cris d’animaux
Avait dans ses appels la misère des bêtes.
Les souffrances naissant de la haine et des maux
Sortaient des corps velus et des grosseurs des têtes.
La splendeur du désir harmonisait les dos
Des accouplés, de ceux que brûlaient les luxures.
La pitié, la beauté baignaient les infernaux,
Les révoltés, toutes les pauvres créatures.
—Brune Sabbahalla, fille de Lucifer,
Je t’aime pour les nuits sur le tapis orange,
Pour ton baiser sans flamme et pourtant si pervers
Et l’immortel désir de tes frères, les Anges...
Je sais qu’auprès de toi ma raison tremble et dort,
Mais tu m’as pris la main et tu m’as fait descendre
Au pays souterrain où sont les fleuves morts
Et les plus beaux palais qui sont bâtis de cendres...
Je sais qu’auprès de toi je risque d’être impur,
Mais, dans tes bras couché, j’ai compris le mystère.
Je sais combien on est aveuglé par l’azur
Et qu’il faut par en bas regarder cette terre.
Alors, on lit enfin les antiques secrets
Sur le revers obscur de la médaille humaine,
Pour la première fois les yeux voient le ciel vrai
Où tourne un seul soleil, fait d’amour et de haine.