Les monuments vivront et vibreront de râles,
Ils se pénétreront entre eux avec fureur.
Les piliers fouilleront au fond des cathédrales,
Le ventre de la voûte et le sexe du chœur.

Des casernes éclateront comme des bulles.
On entendra craquer les échines des ponts.
Les usines perdront par d’énormes fistules
L’amas liquéfié de leurs productions.

L’air s’empoisonnera de mille pourritures.
Des gaz exploseront au-dessus des charniers.
Les eaux de la rivière auront des boursouflures,
S’épaissiront, seront un afflux de fumier.

Puis la ville, séchant comme une chrysalide
Périra d’une étrange ossification,
Les fenêtres seront de grands orbites vides
Dans les têtes de mort branlantes des maisons.

Les clochers auront l’air de fémurs fantastiques,
Les tours, de tibias déformés et géants.
Sur l’immense squelette aux vertèbres de briques,
Les soirs épais mettront le souffle du néant.

Et dix mille ans après, venus des antipodes,
Deux enfants nus s’assiéront là, feront du feu
Dans les amas ensevelis où le vent rôde...
Ils auront la cité maudite au fond des yeux.

Et ne comprenant pas la chute et le mystère,
Ils riront et se montreront avec la main
Des rats géants, de loin, dans les couloirs des pierres,
Qui, tristes, les suivront avec des yeux humains.

LE VOYAGE FANTASTIQUE