LA DIVINE ENCHAINÉE

Je traversai, conduit par l’homme au capuchon,
Les quartiers où l’on vend le fer et les chiffons.
Ensuite les maisons étaient noires et basses.
On percevait des grouillements dans les impasses,
On voyait à des soupiraux des yeux hagards.
Et j’atteignis enfin près des anciens remparts
Le quartier des déchus et des êtres sordides...
Je suivis l’homme au fond d’une boutique vide.
Et là sur le plancher pourri, je vis le corps
D’une beauté parfaite avec une peau d’or,
Un visage divin, des jambes translucides.
Une chaîne de fer tenait le cou splendide
Et l’homme qui riait prit un bâton pointu
Et se mit à piquer le sein, le ventre nu.
Faisant en gémissant se tordre la divine.
Et des êtres aux corps ravagés de famine,
Des visages affreux où ne vivait qu’un œil,
Des nains, des déformés ricanaient sur le seuil...
Comme son capuchon lui découvrait la tête,
Je vis que l’homme avait la face de la Bête...

LA VALLÉE DES LARVES

Les monstres vagissants enfantés par la femme
Étaient amoncelés sur les rochers crayeux...
Certains ouvraient des yeux énormes et sans flammes,
De frêles cous pliaient sous des crânes laiteux.

Et d’autres éclataient de sang pâle et de glaire,
Riaient avec un rire édenté de vieillard.
Des corps mous et bouffis sortaient du sol calcaire,
Semblaient en s’étalant de vivants nénufars.

Un vent froid remuait ce peuple en cartilages,
Ces larves sans contour, ces germes suintants
Et la vallée avec ces blanchâtres visages
Ressemblait la sanie et le pus du printemps.

La Parque descendait près de moi la colline.
Elle était belle et triste en le déclin du jour
Et vers le sol vivant courbant sa grande échine
Elle touchait du doigt les monstres tour à tour.

Et tout le mal inscrit au livre des ténèbres
Pénétrait ces cerveaux corrompus en naissant,
Il dessinait les traits, durcissait les vertèbres,
S’infiltrait dans leurs nerfs et coulait dans leur sang.

De sorte que ces crânes mous en apparence
Renfermaient cependant la pierre de l’orgueil,
La colère de marbre et les fureurs immenses
Qui devaient déchaîner les douleurs et les deuils.

Les visages réduits prenaient des bouffissures
De haine, devenaient tout à coup malfaisants.
Ces fœtus irrités dans des caricatures
De combats, essayaient leurs gencives sans dents.