Ils se dressaient grotesquement sur les chevilles
Et tentaient de leurs mains sans ongles de frapper,
Ou rampant sur le ventre ainsi que des chenilles
Ils se pressaient avec effort pour s’étouffer.
Mais la Parque toujours touchait les petits êtres
Et tranquille marchait vers le soleil couchant
Et toujours par milliers ceux qui venaient de naître
Affluaient à ses pieds comme l’herbe des champs.
Et je lui dis: «Ceci n’est qu’ortie et qu’ivraie:
Dans cet endroit maudit pourquoi porter tes pas
Puisque l’enfance humaine est une grande plaie
Qui coule et s’agrandit et ne guérira pas?»
Et la déesse alors au fond de la vallée
S’arrêtant, me montra dans un entassement
Effroyable, au milieu des formes emmêlées,
Un visage, rien qu’un, mais sensible et charmant...
Et le soleil mourant sur cette maladie
De la terre éclaira dans l’humus qui poussait
Un œil déjà bleuté par la naissante vie,
Un tremblotant éclat d’âme qui paraissait.
Et la Parque me dit: «Tout le mal de la terre
Est payé par un seul, s’il est vraiment humain.»
Et je la vis partir tranquille et solitaire
Parmi le flot montant des monstres enfantins.
LA RÉGION DES ÉTANGS
J’atteignis vers le soir la plaine des étangs.
Un vent glacé soufflait parmi les vastitudes,
Mes pieds s’enchevêtraient aux herbages flottants.
J’allais vite et j’étais ivre de solitude.
De longs roseaux vivants cherchaient à me saisir.
Des plantes se collaient avec leurs fleurs gluantes.
Vers moi de toutes parts comme un vaste soupir
Montait la fade odeur des choses croupissantes.
Un souffle gras sortait de ces stagnations,
Une buée épaisse, animée, une haleine
Qui semblait le ferment des putréfactions
Millénaires, dormant sous ces mares malsaines.