Des chœurs retentissaient comme pour des obsèques,
Les bannières claquant comme des oiseaux fous,
On voyait flamboyer les mitres des évêques
Et les juges avaient des visages de loups.
Et derrière ondulaient sous la géante abside
Des rivières de cavaliers aux flots profonds.
Des rayons s’échappaient des armures splendides,
Les cuirasses luisaient sur les caparaçons.
Et les clefs et les sceaux et les mains de justice
Damasquinés de talismans et de bijoux,
Reposaient sur la pourpre à côté des calices
Portés par des hérauts chevelus, à genoux.
Et les chevaux piaffaient sur l’or des mosaïques
Et devant la splendeur d’un si grand appareil
Les pauvres un à un venaient, microscopiques,
Jusqu’au palais de feu beau comme le soleil.
Et les bourreaux joyeux avec leurs longues armes
Coupaient les têtes à grands coups sur l’escalier,
Et les rois quelquefois s’esclaffaient jusqu’aux larmes
Et les rires faisaient cogner les cavaliers.
Les membres confondus et les têtes coupées
Élevaient jusqu’au ciel leur amoncellement,
Les évêques parfois avec leurs mains trempées
D’eau bénite, aspergeaient le monceau gravement.
Et mon cœur soulevait mon étroite poitrine
De terreur en marchant vers le seuil à mon tour,
Je me sentais devant ces puissances divines
Plus frêle qu’un oiseau, moins qu’une plume lourd.
Devant les cavaliers et les rois formidables,
Les juges monstrueux et les bourreaux géants,
Je n’étais, moi porteur d’une âme pitoyable,
Que fragment de poussière et reflet de néant.
Je ramassai pourtant un caillou, ma sagesse
M’enseignant de lutter jusqu’au dernier moment,
Et je le lançai loin, de toute ma faiblesse,
Vers le palais des rois recouvert d’ornement.
Et voilà que soudain du monument de gloire
Il ne resta plus rien au choc de mon caillou
Qu’un coin de chapiteau, que l’os d’une mâchoire,
Qu’une mitre d’évêque avec tous ses bijoux.