Et j’ai craché sur ces débris et ces poussières
Et j’ai d’un coup de pied lancé la mitre aux cieux,
Car l’homme pauvre et seul et qui porte une pierre
Est plus fort que les rois et plus puissant que Dieu.

L’INVASION DES INSECTES

J’arrivai dans la ville où régnait la paresse...
D’étonnantes chaleurs tombèrent des cieux lourds.
Le soleil sur le port fit vautrer les pauvresses.
On ne versa plus d’eau sur les dalles des cours.

Les végétations brusquement se séchèrent.
Les bouches des égouts empoisonnèrent l’air.
Les femmes dans les lits parfumés s’enfoncèrent
Sous la possession des forces de la chair.

Elles n’allèrent plus dans le quartier des bouges
Offrant leurs peignoirs de couleurs et leurs bas bleus,
Mais elles étalaient par terre leur corps rouge
Qu’humectait le désir et que gonflait le feu.

Et ce fut tout à coup une étrange naissance
D’insectes, dans le linge et les bois pourrissant,
Mille pullulements d’une vermine immense,
La vaste éclosion d’êtres buveurs de sang.

Les dormeurs épuisés eurent au crépuscule
Le grouillement d’un peuple gris parmi leurs draps.
On entendit le crissement des mandibules
Qui hérissaient les poils, pliaient les cheveux gras.

Des suçoirs aspiraient dans les poches rougeâtres
Le suc des hommes las qui ne résistaient plus.
Quelques-uns essayaient en vain de se débattre,
Les insectes sur eux montaient ainsi qu’un flux.

Les élytres vibraient dans les barbes vivantes,
Les œufs multipliés éclataient sur les corps.
Les dards aigus vrillaient les prunelles démentes
Et les germes actifs remuaient dans les morts.

Toute la ville fut pompée et dévorée...
Des hommes en fuyant coururent dans la mer.
Alors, un remuement obscur, une marée
De vase, les rendit à l’océan des vers.