Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il y a plusieurs siècles. Bien rarement elle parlait et elle ne se plaisait qu’à voir de la balustrade de sa maison décroître le vol des cigognes dans de ciel.

Elle ne rencontra qu’une fois, au milieu d’autres mandarins puissants, son père qui l’avait vouée à la misère en la mariant pour la punir et la faire rétrograder parmi les êtres, à un corroyeur vulgaire.

Elle se prosterna comme il est prescrit, sur le chemin devant son père et elle prit la main de la malédiction et elle la baisa. Et lui, qui était un homme mauvais, s’étonna de voir dans les yeux de sa fille une si belle flamme couleur de jade vert et de l’étoile Ki.

Et il ne savait pas que l’âme est faite d’un métal plus inaltérable que l’or vierge et que celle qui s’est regardée intérieurement ne fait que se purifier au contact de la vulgarité.

Et dans son orgueil il dit à sa fille : « Donne-moi ce pavot blanc que tu as à la ceinture. » Elle le lui tendit respectueusement, mais elle s’arrangea pour en faire tomber les pétales et qu’il n’en restât plus que la tige.

« Elle n’a pas changé, dit le père aux autres mandarins. Et le corroyeur ne doit pas recevoir d’elle plus que son père n’a reçu. Elle donne tout aux Génies. »

IV

Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il y a plusieurs siècles. Quand elle mourut, tous les corroyeurs de Raé-Ning furent en deuil et son mari, l’homme vulgaire, qui était gros devint pareil à un saule en hiver.

Il pleurait sans cesse, songeant qu’il ne l’avait pas assez aimée et il se repentait de ne pas avoir uniquement, avec ses peaux, fait des robes de fourrure pour la couvrir.

Il disait : « Quand elle parlait, j’étais transporté dans un pays merveilleux, mais nous étions loin l’un de l’autre. Comment peut-on aimer à ce point ce qu’on a perdu sans l’avoir compris. »