Pourtant, ô homme pauvre, la loi est juste, la loi supérieure pour qui les dieux de la mort ne sont que des fantômes obéissants, des larves aveugles et muettes, soumises à leurs ordres.
Car plus ta forme charnelle de pauvre périt vite, ta forme usée par les travaux et maigre par le manque de nourriture, plus rapidement tu t’achemines vers la vie plus subtile et meilleure où tu ne seras revêtu que de la claire forme de l’esprit.
Et là enfin tu ne crains l’attaque d’aucun dieu corruptible et ténébreux. Là, chacun apporte le trésor qui lui appartient, chacun garde la propriété spirituelle qu’il a accumulée par sa sagesse.
Il n’est pas de diamant assez pur pour immobiliser les traits changeants de l’âme s’ils ne se sont pas sculptés eux-mêmes dans le marbre de la beauté morale. Ce n’est que dans le royaume de l’esprit que l’homme mesure le rythme de la justice.
L’AMANDE AMÈRE
Pour avoir une eau pure de toute souillure il faut frotter l’intérieur de la jarre où elle est versée avec une amande fraîche et l’exposer ensuite au soleil.
Avec l’amande de la résignation j’ai frotté la jarre de l’âme afin de faire disparaître le limon des mauvais sentiments et briller l’eau de cristal de la vertu.
Et voilà mon âme. Elle est sans passions. Le soleil luit à travers cette eau transparente, cette eau de perfection immaculée. Il ne faut pas boire pourtant. On a frotté la jarre avec une amande amère.
LA SUPÉRIORITÉ DES CONNAISSANCES
Elle m’a dit : « Je suis très savante. A treize ans je savais tisser, à quatorze ans je savais tailler des vêtements, à quinze ans je jouais du luth, à seize ans j’avais appris la danse. A dix-huit ans je dirigeais tes servantes, tes jardiniers et tes porteurs de litière. »