Mais elle a souri sans s’émouvoir et elle m’a répondu : « S’il y a une bayadère à Bénarès et si elle a dansé dans ton rêve, il n’y en a pas au fond du vase d’argent. Car dans l’eau limpide repose un charme, une secrète correspondance avec l’âme qui dort auprès. Et ce merveilleux miroir est poli avec un art si magique qu’une certaine qualité de rêve peut seule y laisser sa subtile trace. » Mais elle a tout de même remué l’eau avec le bout de son ongle.

LA MOSQUÉE INTÉRIEURE

Il y a une confrérie de bâtisseurs qui se transporte de ville en ville pour élever des mosquées de marbre et de pierre avec des coupoles profondes comme des forêts et des minarets délicats comme des jeunes filles.

Ces bâtisseurs sont-ils des hommes pieux ? Il n’importe. Ils savent en quel endroit de la montagne est cachée la belle pierre qui résiste au temps et le marbre immaculé comme le front d’un jeune homme vertueux. Ils vont et ils dressent le lieu de prière qui met en communication les hommes et Dieu.

O mon âme sois pareille à la confrérie des bâtisseurs. Si le doute est parfois en toi, ne l’écoute pas et bâtis. Découvre pour bâtir la pensée solide dans la montagne, le chant marmoréen où courent les veines bleuâtres de l’harmonie. Bâtis la tour, plus haut sans cesse.

La tour spirituelle qui s’élance vers le soleil ! Car chacun doit arracher la blanche pierre véridique à la terre des erreurs, chacun doit lui-même travailler à la coupole qui soutient et au minaret qui jaillit, chacun doit bâtir dans son âme sa propre mosquée intérieure.

LE DÉSIR D’ÊTRE AIMÉE

Elle parlait, elle parlait sans cesse, assise devant la maison. Sa voix joyeuse couvrait le bruit de la fontaine dans le jardin et pendant que je l’écoutais avec amour, je regardais dans l’air chaud du soir des successions de vols d’oiseaux blancs s’élever et s’éparpiller avec lenteur.

Et puis elle s’est tue tout à coup et elle a regardé longuement la cime des palmiers immobiles dans la cendre du crépuscule, si longuement que je lui ai dit : Pourquoi ne parles-tu plus, ô Padmani ?

Elle a poussé un grand soupir. Il m’a semblé que la fontaine dans le jardin s’arrêtait de faire son bruit secret. Elle a joint les mains et elle a dit du fond du cœur : « Je voudrais tant que quelqu’un m’aime ! »