J’étais assis devant ma porte à l’heure où l’on remplace les veilleurs sur les remparts et il ne m’a fait qu’un signe, il ne m’a jeté qu’un regard.
J’ai écouté les trompettes résonner dans les tours, j’ai regardé les étoiles s’allumer et le jeune homme s’est éloigné sous son turban couleur de safran.
Et c’est seulement quand sa silhouette a disparu le long des murailles, quand il n’a plus été temps de courir après lui, que j’ai compris devant ma porte l’étendue de ma solitude.
IL VAUT MIEUX QUE TU NE REVIENNES PAS
Il vaut mieux que tu ne reviennes pas, puisque tu es parti une fois de la maison. D’autres fleurs de pêchers tombent dans le jardin, d’autres lotus s’entr’ouvrent sur l’étang. Mais ce sont les anciennes fleurs qui m’étaient chères. Il vaut mieux que tu ne reviennes pas.
Puisque tu t’es éloigné de moi, que le voyage te soit doux. Le monde est grand. Il y a dans de tièdes intérieurs d’autres lampes qui éclairent des visages remplis de douceur. Là, on joue aussi de la cythare, on lit des livres. Tu y seras tendrement aimé, puisque tu t’es éloigné de moi.
Ce n’est pas le départ qui est la plus grande tristesse. On se dit adieu avec un cœur ferme. A ce carrefour tu trouveras une auberge. A ce carrefour tu trouveras un ami. Et puis on sait que les séparations et les chagrins forment le tissu quotidien de la vie. Ce n’est pas le départ qui est la plus grande tristesse.
Il vaut mieux que tu ne reviennes pas à cause du regard qui n’est plus le même, à cause de la main qui ne se tend plus avec la même franchise. Je sais bien que la puissance d’oubli est illimitée et que le pardon est le cœur de Dieu. Pourtant, puisque tu es parti une fois de la maison, ô bonheur, il vaut mieux que tu ne reviennes pas.
LES DEUX BAYADÈRES ET L’UNIQUE VISAGE
Deux bayadères dans le même clair de lune ont vu au fond du puits l’unique visage de leur bien-aimé.