Mais lorsque je poussais la porte de ma maison, que je vis la table vide de tes boîtes de fard, et que je compris que tu m’avais quitté, alors je m’assis sur le seuil et je pleurai ma solitude parce que je venais de perdre pour la première fois ma fortune et ma jeunesse.

LA NUIT DES PAVOTS MORTS

La chambre était pleine de pavots et le vent avait entr’ouvert la fenêtre.

Étendu au milieu des coussins j’attendais que le rossignol se mît à chanter.

Mais cette nuit-là, il n’y avait, dans le jardin, que le chuchotement des cèdres entre eux.

Je posai ma cithare à côté de la coupe à demi pleine et je m’endormis quand baissa la lampe.

Alors celle que je ne dois plus revoir écarta le rideau de soie.

Elle avait une robe traînante, parfumée avec du musc de la Perse.

Elle avait des babouches silencieuses, des colliers muets, des bagues sans reflets.

Elle avait ce sourire lointain de ceux dont l’âme est absente.