Écarte de moi la colère qui aveugle et nous enveloppe d’une buée rougeâtre, ne permets pas au désir effréné de me posséder, car il force l’homme à marcher à quatre pattes à la manière des bêtes.
Donne-moi la mesure avec laquelle on pèse ses actions comme des cailloux noirs, la mesure avec laquelle on pèse ses pensées comme des grains de blé lumineux.
Donne-moi le jugement par lequel la vérité est discernée de l’erreur et la clairvoyance qui fait savoir qu’un homme est bon même sous une apparence vulgaire ou mauvaise.
Fais-moi me dresser entre le bien et le mal comme on se dresse entre deux frères ennemis. Montre-moi la part du mensonge que cache la douceur du masque blanc et la part d’humaine nécessité qu’il y a sous la grimace du masque noir.
Ne me fais pas rire à cause du caractère plaisant de la douleur, ne me fais pleurer qu’à cause de l’émotion spirituelle que procure la beauté et permets-moi de comprendre la mort, cette entrée dans le pays des hommes immatériels, des paysages subtils, des vibrations délicates.
Donne à mon esprit la soif inextinguible de savoir, à mon cœur la faculté illimitée de chérir les formes diverses de la création, permets-moi de gravir avec l’agilité du coureur les degrés de la connaissance qui conduisent à la porte de l’amour, ô dieu de l’intelligence bienveillante !
LA MÈRE DE PADMANI
Elle m’avait dit sur sa mère des choses tellement délicieuses que je résolus de l’accompagner quand elle voulut lui rendre visite dans un village perdu au pied des montagnes Aravalli.
Nos chevaux moururent dans les sables du désert de Thar et nous faillîmes nous noyer en traversant une rivière qui avait débordé. Mais tous ces dangers étaient sans importance puisqu’il s’agissait d’aller voir une merveilleuse créature pleine de sagesse et de beauté.
« Ce serait orgueilleux de ma part, de prétendre que je lui ressemble, disait Padmani, tant elle a de majesté naturelle et de noblesse supérieure. » Ses yeux brillaient et elle redevenait une toute petite fille à mesure que nous approchions.