Les deux empereurs allaient s’entretenir de l’invasion prochaine des Tartares, de la puissance des épidémies qui s’abattent mystérieusement sur certaines provinces. Ils allaient chercher ensemble les moyens de faire circuler rapidement le riz à travers les terres et les mers pour remédier aux famines, ils allaient étudier les causes de ces fabuleux typhons qui, à certaines époques, soulèvent les mers. Ils allaient entrer en communication avec les Génies, écouter la voix des Ancêtres. De leur réunion allait jaillir l’éclair qui fait descendre les Dieux.
L’empereur de Chine, le plus résolu, parla le premier et la conversation fut assez animée. Ils étaient tous deux grands amateurs de laques et ils s’étonnaient qu’une certaine nuance de violet ne puisse plus être obtenue. « Les polisseurs de Canton n’apportent plus autant de soins qu’avant à leurs travaux. Le colcotar est trop calciné. On ne trouve plus le cinabre absolument pur. Et, pour le rose, c’est bien plus terrible ! On a abandonné la culture de la fleur de carthame. Le secret des anciens maîtres est perdu. En vérité, le monde est en décadence. » Les deux empereurs sont très malheureux et, lorsque l’entrevue est terminée, ils pleurent presque, courbés derrière leur éventail, tandis que les deux navires s’éloignent solennellement sur la mer calme.
LA CHARITÉ DE PADMANI
J’ai trouvé la robe déchirée d’un pauvre sur la barrière de mon jardin. Le pauvre lui-même appuyé sur son bâton s’éloignait sur le chemin avec une singulière légèreté, revêtu d’un manteau à broderies et à franges qui ressemblait à mon plus beau manteau.
« J’ai fait manger le pauvre et je l’ai fait boire, me dit Padmani avec un visage serein. Je l’ai conduit dans la piscine et il a fumé ton houka. Et comme son manteau était déchiré je lui ai donné un manteau à broderies et à franges, car il convient d’être charitable. » « Tout ce que tu fais est bien fait », ai-je répondu.
« Quand je lui ai eu donné cela, reprit Padmani, j’ai vu que le pauvre était aussi pauvre qu’avant. Il me faisait tant de peine que j’ai voulu qu’il emportât une richesse inusitée, la richesse d’un beau souvenir et je me suis donnée à lui. » Ainsi parla Padmani, avec simplicité et elle allait, s’occupant de petites choses, dans la maison.
Alors j’ai médité sur la charité et sur la connaissance du bien et du mal qu’il n’est pas donné aux femmes d’avoir. « Quel âge pouvait avoir ce pauvre ? » ai-je demandé tristement. Padmani a éclaté de rire : « Comment pourrai-je me souvenir de cela ? Je n’ai vu que ses yeux qui pleuraient. » J’ai médité encore sur la charité.
LE DIEU DE L’INTELLIGENCE BIENVEILLANTE
O dieu de l’intelligence bienveillante qu’on représente avec le grand front dénudé d’un homme mûr, le regard ingénu d’un enfant et le pli de la bouche d’un vieillard, toi qui tiens une boule de cristal et un lotus refermé, toi qui es immobile, toi qui vois, toi qui sais.
O dieu de l’intelligence bienveillante, mets sur mon visage le sourire qui comprend, fais faire à ma main le geste qui excuse, donne à toutes mes attitudes ce délié que l’indulgence quotidienne apporte au corps.