Elle ne sait pas jouer de la cythare, ni composer des strophes, mais tout en elle est poésie naturelle et harmonie invisible.
Elle délivre le papillon des mains des enfants et aide la bête à bon-dieu à retrouver son chemin. Tout ce qui est petitesse et fragilité l’attendrit.
Elle n’accomplit aucun grand acte de bonté et elle rêve plus qu’elle n’agit. On prétend même qu’elle est paresseuse.
On ne peut définir la nuance exacte de sa robe d’un bleu intermédiaire entre celui du ciel et celui de l’eau. Qui peut dire aussi si elle est gaie ou si elle est triste ?
Elle n’aime pas les fêtes, les longs voyages, les réunions solennelles, l’apparence extérieure de la richesse. Elle craint la pauvreté et elle fait volontiers le tour du jardin.
On l’a surnommée Petite Lumière. Mais pour moi elle à un nom secret au fond de mon cœur et je ne le prononce jamais. Je l’aime à cause de l’intérieure suavité spirituelle qui se reflète sur son visage.
L’EMPEREUR DE CHINE ET L’EMPEREUR DU JAPON
L’empereur de Chine et l’empereur du Japon se sont rencontrés par une belle soirée, sur la mer calme. Deux navires pavoisés se sont avancés solennellement de chaque côté de l’horizon et des milliers de jonques avec leurs lanternes de couleurs se sont tenues immobiles sur les flots comme autant de grandes étoiles et les étoiles innombrables se sont tenues immobiles dans le ciel, comme autant de jonques minuscules.
L’empereur de Chine et l’empereur du Japon se sont assis l’un en face de l’autre sous un parasol de soie à manche d’or et, à côté d’eux, il y avait un nain chinois avec un bonnet carré et un nain japonais avec une mitre de plumes de paon qui leur présentaient du thé dans un bloc de cristal creusé. Les deux empereurs en buvaient quelques gorgées et ils se regardaient en silence. Leurs robes étaient ruisselantes de pierreries et ils étaient pareils à des dieux timides qui n’osent pas engager la conversation.
Les courtisans, sur le pont des navires faisaient un cercle respectueux de broderies et d’armures. Il y avait là des mandarins de neuf rangs différents, depuis le Tai Fou qui porte la pierre rouge jusqu’au Tai Tchao qui porte un globule d’or. Il y avait là le Siogoun entouré des Seigneurs de la Terre et certains fonctionnaires religieux courbés en deux par la discipline des rites et dégageant la vénération comme une lampe dégage la lumière. Et sur les rivages de la Chine et du Japon les peuples étaient massés et regardaient la mer calme.