Là enfin, ni la famille, ni l’amitié, ni l’amour ne m’envelopperont de leur nuage gris, bleu ou rose et je ne serai pas comme un glaneur qui cherche un grain de plaisir dans un champ d’ennui.
Je m’assiérai sous un mûrier qu’on ne cultivera pas pour le vers à soie, je cueillerai une rose qui ne sera pas destinée à un bouquet, je suivrai une allée où le sable ne gardera pas la trace d’une sandale féminine.
Et là, comme une essence parfumée qui tombe dans une urne d’or, la sagesse filtrera du ciel silencieux, apportée par le vent sans parole et remplira lentement l’urne spirituelle de mon âme.
Je serai entouré de parents attentifs parce qu’ils se tairont, d’amis fidèles parce qu’ils seront immobiles, de maîtresses tendres parce qu’elles répandront des parfums suaves sans le vouloir. O famille des arbres, amitié des pierres, amours des fleurs !
Et si je vois un soir la silhouette noire de quelque conseiller ou le voile incarnat d’une femme aux beaux yeux s’acheminer de mon côté je couperai une branche de saule et j’en lancerai les feuilles vers le croissant de lune pour qu’ils comprennent qu’en moi a pénétré le sentiment de la vanité du monde et qu’ils s’en retournent.
Et à l’heure où les étoiles sont épuisées et où la rosée fera dans ma chevelure une couronne brillante après une nuit de méditation, peut-être connaîtrai-je dans l’évanouissement de l’extase avec la naissance de l’aurore, le parfait amour de toute chose qui met l’homme au rang des dieux.
LES PLUMES DU PAON
Une très belle femme se tenait sur un balcon. On voyait sous la mousseline la chair laiteuse de ses épaules, elle était couverte de bijoux comme une idole et elle cachait à demi son visage derrière un éventail en plumes de paon éblouissantes.
Et moi, je la regardais longuement, oubliant Padmani qui marchait à côté de moi, car la beauté d’une femme est plus grande sur un balcon à cause du mystère de la chambre qui est derrière. Et j’aurais bien voulu être remarqué d’elle et je me redressai et me retournai de son côté.
Padmani ne dit rien, mais avec une ridicule affectation, elle resta taciturne et un peu plus tard, je pensai qu’elle était affligée de mon long regard et je lui dis : « Es-tu triste parce que tu es jalouse de la belle femme du balcon ? Dis-moi tes pensées pour que je te console. »