— Je suis triste, a-t-elle répondu, à cause des éblouissantes plumes de l’éventail. Le paon qui les a portées ne dessinera plus au soleil une roue multicolore. Comme on est cruel avec les oiseaux ! Ne savais-tu pas que le paon est l’oiseau que j’aime le mieux ? »
LE JEUNE HOMME DE LA NUIT
Il a fait craquer doucement les feuilles mortes dans le jardin. Le chien n’a pas aboyé quand il est passé. La lune n’a pas reflété son ombre sur le sable de l’allée. Mais j’ai bien su qu’il était là.
Je me suis arrêté de jouer de la cithare. J’ai posé l’instrument sur le coussin. Je me suis tenu immobile, je n’ai pas regardé du côté de la fenêtre. Mais je savais bien qu’il me regardait par les volets entr’ouverts.
Comment était l’ovale de son visage ? De quelle couleur étaient ses yeux ? Quelle forme avait son turban ? A la fin j’ai tourné un peu la tête de son côté. Il y avait une légère buée sur le carreau.
Je n’ai pas entendu de craquement sur les feuilles mortes du jardin et le chien n’a pas aboyé. J’ai repris ma cithare et je me suis remis lentement à jouer car j’ai bien compris qu’il était parti.
LA POÉTESSE DE CHINE ET LES PAVOTS BLANCS
I
Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il y a plusieurs siècles. A un homme vulgaire son père l’avait mariée pour la punir d’être allée, la nuit, porter un bouquet de pavots blancs sur une montagne déserte.
De cette habitude depuis son enfance, on n’avait jamais pu la guérir. Comme si une mystérieuse voix l’appelait, il fallait qu’elle allât, certaines nuits, faire cet hommage nocturne à un invisible Génie.