Mais l’homme qui connaît le monde sauvage distingue de confus rampements, voit des figures rusées d’oiseaux, des mufles béants de terreur à cause de misérables progénitures animales, et il tue en se réjouissant de sa perspicacité et de son adresse.
Il y eut d’abord un perroquet qui tomba avec un grand bruit d’ailes en faisant une tache jaune et rouge le long des troncs noirs. J’en avais aperçu deux qui se balançaient innocemment sur une branche.
Les perroquets sont monogames. Quand ils se sont réunis en couple, ils ne se quittent plus et se chérissent tendrement pendant leur longue vie.
Or, rien ne peut m’irriter davantage que de penser que les bêtes connaissent le noble sentiment de l’amour, comme l’homme, et sont souvent plus fidèles que lui.
J’eus donc un âpre plaisir à entendre le second perroquet jacasser désespérément sur sa branche. Sa douleur fut plus forte que l’effroi de mon coup de fusil, car il ne s’enfuit pas, et je l’entendis longtemps se lamenter avec des syllabes presque humaines.
Puis ce fut un singe qui dégringola d’un manguier avec le fruit qu’il tenait. C’était un cercopithèque de petite espèce. Je n’avais fait que le blesser, car je l’aperçus qui tournait en rond sur le sol sans lâcher sa mangue, comme si sa blessure lui avait fait perdre la raison. Je dédaignai de revenir sur mes pas pour l’achever.
Il me semble qu’un paon fut tué un peu plus loin. J’eus la bonne fortune d’écraser d’un coup de crosse la tête d’un assez gros serpent qui dormait. Je tirai au juger, sur quelque chose qui remuait dans les broussailles et je poussai presque un cri de joie en voyant que c’était un midaus, énorme rat à tête de porc, à queue en éventail, qui dégage une odeur infecte.
Puis, successivement, j’abattis un kalender, espèce de renard qui porte ses petits sur son dos, et un de ces étranges cuscus des arbres qui vous regardent fixement avec des prunelles effarantes.
C’était un jour de facilité heureuse. J’avais à peine besoin de viser. Tous mes coups portaient.
J’avais marché droit devant moi, conduit par l’aveugle désir de tuer. J’avais pénétré assez loin dans la forêt par une piste étroite qui aboutissait parfois à une clairière, s’élargissait et se rétrécissait de façon uniforme.