Mon père m’a toujours dit que, quand on est incertain entre plusieurs actions à accomplir, il faut toujours faire celle qui est le plus conforme à la morale courante, se comporter comme se comporterait la majorité des hommes. L’hôte d’une maison, qui avait surpris un événement de cet ordre devait en informer le maître de la maison, le père de famille.
Je ne réfléchis pas davantage et je m’élançai dans la large galerie circulaire qui donnait sur la cour intérieure. Cette galerie n’était éclairée que par la lune déclinante et elle était fort obscure. J’atteignis une porte et j’y frappai sans être absolument certain qu’elle donnait sur la chambre de M. Varoga.
Je n’eus pas d’abord de réponse. Peut-être M. Varoga dormait-il ? Je frappai plus fort, j’attendis et je frappai à nouveau. Après un temps assez long j’entendis un pas traînant que je reconnus pour celui de M. Varoga. Ce bruit de pas était accompagné par cette sorte de murmure que font entendre les gens ennuyés d’être dérangés.
— Qu’est-ce qu’il y a ? dit une voix derrière la porte, voix qui ne pouvait être celle d’un homme en train de dresser paisiblement des cartes hydrographiques.
— C’est moi, répondis-je. J’aurais deux mots à vous dire.
Il y eut quelques secondes de silence et alors, nettement, impérativement, retentit la voix de M. Varoga derrière la porte toujours close.
— Excusez-moi ! Je ne peux vous ouvrir. Nous causerons demain.
Et il ajouta, comme s’il répondait à mon insistance muette, d’un ton péremptoire :
— Il sera grand temps demain. Je termine une carte très importante.
De nouveau il y eut le bruit de son pas traînant qui s’éloignait. Il n’avait pas attendu ma réponse. Sans doute avait-il trouvé ma visite nocturne déplacée. Je n’osai pas insister.