Et comme j’allais m’éloigner je fus frappé en même temps par l’âcre parfum de l’opium qui semblait sortir de la chambre de M. Varoga et par un bruit de porte se refermant de l’autre côté de la galerie.
Une petite cascade de perles légères résonnait au loin, s’égrenait sur les ombres indécises des palmiers bas de la cour, le rire d’Eva un peu ironique, mais qui m’assurait qu’elle ne courait aucun danger.
A peine rentré dans ma chambre je me penchai aussitôt au dehors. L’échelle avait disparu.
J’eus le sentiment confus d’être ridicule et je ne m’en consolai qu’en me disant que mes actions avaient été durant toute la soirée celles d’un homme délicat et d’un honnête homme. Je ne m’endormis que grâce à mon exceptionnelle faculté de sommeil que j’avais déjà éprouvée quelques heures auparavant.
Mes inquiétudes disparurent le lendemain et firent place à la plus folle tranquillité.
Eva s’expliqua avec moi de la façon la plus loyale, la plus gaie, la plus délicieuse. Il paraît que je ne suis pas un homme moderne et que je ne comprends rien à l’âme d’une jeune fille qui habite Java, mais qui a passé deux années de sa vie à Paris et à Londres.
Il faut que je me mette bien dans l’esprit qu’il y a des femmes qui sont cultivées, qui lisent des livres, qui aiment la poésie.
Je fus lâche et je n’osai pas dire ma profonde horreur de telles choses.
Eva fait partie de ces femmes cultivées. Il se trouve qu’un de ses serviteurs javanais est un descendant des anciens rois de Java, un jeune homme extraordinairement versé dans l’histoire et la littérature de son pays. Eva profite de ses grandes connaissances. Il dépose le soir sur sa fenêtre certaines poésies qu’il a copiées et qu’elle lit avant de s’endormir. Comme la fenêtre est haute, il s’aide d’une échelle. Quel mal y a-t-il à cela ?