Et il se frotta les mains avec la satisfaction d’un homme qui va se livrer à un travail écrasant mais agréable.

Il avait gravi l’escalier avec légèreté, me laissant confondu d’étonnement du peu de sérieux que certaines familles accordent aux choses de l’amour, pourtant si graves.

Donc, je m’étais assis sous la vérandah, essayant de mâcher par distraction l’affreux siri de Java, quand une servante vint me prévenir qu’Eva avait revêtu le costume de la princesse Sekartaji et m’attendait dans sa chambre pour me le montrer.

Je gravis l’escalier, je longeai la galerie et je frappai à la porte d’Eva.

— Entrez, entrez donc, puisque je vous attends, me cria une voix joyeuse.

Les mousselines de gaze dorée de la fenêtre étaient tirées et un crépuscule secret baignait la chambre. Je ne distinguai rien d’abord, puis un petit rire m’avertit qu’Eva était allongée dans l’angle de droite sur des tapis de l’Inde, au milieu de coussins épais.

Je la considérai, béant de surprise, d’émotion et d’admiration.

La princesse Sekartaji devait vivre dans des temps où le sentiment de la pudeur n’était pas encore développé. Peut-être le roi Ami Louhour ne la fit-il mettre à mort que parce qu’elle donnait un mauvais exemple à son peuple par l’étonnante légèreté de son costume.

Eva était devant moi, à peu près nue jusqu’à la ceinture. Une résille de fine soie pourpre recouvrait seulement ses seins. Ses cheveux étaient entièrement rejetés en arrière et retenus par un peigne d’or massif dont le poids semblait l’obliger à tenir sa tête très haute, ce qui donnait à son profil une autorité inaccoutumée.

Un chelama-chindi azuré de Java s’enroulait autour de ses hanches, mais il était si souple et si transparent qu’il ne faisait que rendre plus vivante la ligne du corps. Les jambes étaient nues comme le torse avec des anneaux en forme de serpent qui firent quand elle marcha une imperceptible musique métallique.