— Je vais montrer mon costume à mon père.
Je la suivis dans la galerie et je descendis lentement l’escalier.
O Seigneur, si tu existes quelque part, garde l’homme de cette puissance irrésistible qui le pousse à la possession de son semblable féminin. Garde-le du parfum que dégagent les chevelures et le mouvement des bras et qui est plus enivrant que tous les alcools.
Délivre-le du goût de saisir les corps, de les serrer et d’y poser les dents comme font les bêtes fauves, car ce goût est plus dominateur dans l’âme que les sages conseils d’un père et le devoir d’agir avec délicatesse qu’on s’est imposé par la raison.
O Seigneur, garde l’homme de la teinte bleuâtre de la peau, source de souffrance, de la courbe délicate du cou, chemin du malheur, de la ligne fuyante des lèvres, cause de calamités.
LE TIGRE HUMAIN
Tout ce qui arriva ensuite fut vertigineux. Je crois me souvenir que je me suis assis dans un fauteuil à bascule et que j’ai allumé un cigare. Puis je l’ai éteint et aussitôt Eva a paru devant moi.
Elle avait un air autoritaire et décidé. Elle ne portait plus le costume de la princesse, mais une sorte de veston d’homme avec une jupe très courte qu’elle mettait pour monter à cheval. Je remarquai que sa poudre bleuâtre, hâtivement enlevée, laissait à sa peau une tonalité colorée en azur qui me fit penser à ces vestiges de rêves dont on garde confusément la mémoire après le réveil. Une de ses dents, sur le côté, avait aussi conservé un fragment de lamelle d’or.
Elle voulait faire une grande course à cheval, me monter la lamaserie de Kobou-Dalem, disait-elle.
Nous partîmes. Il n’avait pas été question de Djath. Ali nous accompagnait seul.