— La chance me favorise, dit une voix intérieure en moi où naissait et grondait déjà le désir de la bête.
Nous longeâmes d’abord une route mal tracée le long de la lisière de la forêt. C’est là que nous vîmes, assis sur une pierre, au pied d’un manguier, un être hideux, une sorte de squelette vivant parfaitement dessiné sous une peau parcheminée, avec une chevelure si longue, et si épaisse, que je me demandai aussitôt où elle pouvait puiser sa substance. Comme le singe que j’avais tué la veille, il tenait une mangue à la main.
J’allai, par manière de plaisanterie, lui faire signe qu’il était nécessaire qu’il en mangeât beaucoup pour grossir un peu, quand il se leva à ma vue et prononça, en me montrant du doigt, des malédictions que je ne compris pas.
— C’est l’ascète Chumbul, dit Eva. Il a dû entendre, hier, vos coups de fusil et il vous garde rancune d’avoir tué ses amis les animaux.
Je haussai les épaules et nous passâmes.
La route devint presque impraticable tellement elle montait et elle descendait parmi les lianes et les végétations de toutes sortes.
Nous nous trouvâmes brusquement en face de deux statues colossales représentant des personnages, prêtres ou dieux, je ne sais, agenouillés sous des fleuves de verdure avec des serpents entrelacés autour des bras.
— Ce sont les Rechas du temple qui est à droite, dit Eva.
Un peu plus loin, il y avait un éléphant de pierre entièrement caparaçonné et dont la trompe gisait sur le sol d’une manière tout à fait ridicule.
Je songeai à l’absurdité de cet antique peuple soi-disant civilisé, qui n’avait rien trouvé de mieux, comme signe de sa civilisation, que de reproduire en pierre des images d’animaux sur le coin du monde qui était le plus infesté de bêtes vivantes.