Le tigre dut comprendre. Malgré la rapidité du mouvement d’Ali, il fit un mouvement de la tête en se dressant et une seule pointe s’enfonça profondément dans un de ses yeux, dans l’œil gauche.
Le rugissement qu’il poussa fut effroyable, mais il n’y avait dans ses sons qu’une douleur désespérée et la ménagerie autour du tigre, désormais borgne, resta silencieuse.
Il s’était dressé sur ses pattes de derrière, entraînant la lance et dans le mouvement qu’il fit, il retomba sur le bois de l’arme et le cassa net.
Ali voulait recommencer, mais je l’en empêchai. Le spectacle de cet œil ouvert était trop atroce. Puis je sentis tout de suite que le magnétisme dégagé par deux yeux fixes avait disparu et qu’il ne pourrait plus se dégager par un seul.
J’étais délivré et je voulais que le tigre gardât la faculté de reconnaître, à travers les barreaux de sa cage, son maître et son bourreau !
LA SOUFFRANCE DES BÊTES
Ma haine pour les bêtes augmenta d’autant plus que je la consolidai de tout mon amour pour Eva et de mes sentiments de piété filiale.
Je fis venir de Malacca une vieille Malaise, célèbre pour sa connaissance des poisons, et je lui achetai quelques-uns de ses secrets. Je tirai, avec sa collaboration, de certaines herbes et des huiles de certains poissons, des substances vénéneuses qui avaient la propriété de faire souffrir, sans causer la mort.
Avec une joie amère et profonde, je fabriquai des mélanges subtils, je composai des ingrédients dévorateurs d’intestins animaux et je les glissai dans des boulettes de farine soigneusement cuites. J’empoisonnai tous mes serpents.
J’en avais une incomparable collection.