— Monsieur Muhcin, combien vous faut-il ? Je suis là.
Mais non, ce n’était pas cela qui l’amenait.
Monsieur Muhcin s’intéressait beaucoup à moi. Il avait appris que j’avais eu de grands malheurs. Il voulait les connaître, les partager, les alléger, peut-être.
Je faillis hausser les épaules. Un homme de son âge, enfermé depuis des années dans une boutique d’éventails à bon marché était-il susceptible de comprendre quelque chose à l’amour que j’avais éprouvé.
Pourtant, je lui fis le récit détaillé de mon voyage à Java, de ma rencontre avec Eva, de sa disparition, de la capture du tigre.
— Je comprends, dit-il doucement, c’est ce qui peut-être…
Et il toucha du doigt son front comme s’il faisait allusion à quelque folie, mais je ne saisis pas le sens de ce geste.
— N’avez-vous pas entendu dire, me demanda-t-il, après un moment de silence, qu’il y eut dans la région de Mérapi une lamaserie de femmes ?
Je ne voyais pas quel rapport cela pouvait avoir avec mon histoire, mais je me souvins brusquement qu’Eva m’avait, en effet, parlé d’une lamaserie de nonnes bouddhistes qui se trouvait dans la montagne, un peu plus loin que la lamaserie de Kobou-Dalem.
Je me souvins en même temps de l’intonation respectueuse que sa voix avait eue, quand elle m’en avait parlé.