O Seigneur, si tu existes quelque part, garde l’homme de la croyance qu’il a le droit de tuer les animaux selon son bon plaisir, de la force qui le pousse à faire dégringoler des ailes dans les arbres, à tacher de sang des fourrures dans la forêt, délivre-le de la folie de la chasse, de la tyrannie qu’il exerce sur le peuple à quatre pattes et sur le peuple couvert de plumes, délivre-le de l’orgueil qui lui fait penser qu’il est le roi de la création, délivre-le du mal qui est en lui.

LA VISITE DE MONSIEUR MUHCIN

Monsieur Muhcin vint me voir.

Il avait été l’ami de mon père et j’honorais, depuis mon enfance, ce petit marchand d’éventails, pour sa probité, sa douceur et sa modestie. Je ne lui trouvais qu’un seul ridicule : celui d’être bouddhiste, mais je l’excusais, pensant que cela tenait à son origine hindoue.

C’était un homme maigre et pâle avec des yeux sans éclat remplis de bonté et une longue barbiche jaunâtre. Il avait beaucoup vieilli depuis que je ne l’avais vu. Cela tenait, m’expliqua-t-il, à sa santé qui n’était pas excellente.

Je l’avais fait entrer dans le grand salon de réception et sous les immenses panoplies qui recouvraient les murailles, sous les armures chinoises et cinghalaises, avec son dos voûté, et sa tête projetée en avant, il avait l’air encore plus petit, encore plus insignifiant. Je pensai, en apercevant, à côté de la sienne, ma large stature dans une glace, que nous représentions des espèces d’humanité tout à fait différentes et je souris intérieurement.

Je compris qu’il avait quelque chose à me dire et qu’il n’osait pas. Il avait toujours été extraordinairement timide. Puis j’en impose. Il prit plusieurs fois du tabac dans sa tabatière et il fit le geste de priser. Mais comme il tremblait, le tabac se répandit sur sa jaquette, dont je remarquai la vétusté.

Je savais que son modeste commerce d’éventails de papier dans le bourg Choulia était loin d’être prospère et l’on m’avait dit récemment qu’il faisait de mauvaises affaires.

L’idée me vint brusquement qu’il voulait m’emprunter de l’argent. Cette idée me fut très agréable, car ma fortune était très grande, je n’ai jamais tenu à l’argent, et ç’aurait été pour moi un véritable plaisir d’obliger monsieur Muhcin. Je faillis taper sur son épaule fragile en lui disant :