Du temps avait passé. Combien d’heures, je ne sais pas. Cela commença par l’envie étrange, monstrueuse, inattendue, de caresser un lézard. Je ressentis au bout de mes doigts l’appétence impérieuse d’une caresse légère sur une petite tête glacée.
Mon cousin aux écailles était en face de moi, mais il tournait le dos à la fenêtre, tandis que j’étais, au contraire, face à elle en sorte que je ne pouvais voir ce qui se passait dans l’intérieur de la pièce, les fumeurs étendus, ceux qui entraient et ceux qui sortaient.
Je vis mon cousin se soulever un peu sur un coude et promener un regard circulaire rempli d’inquiétude sur la région fumeuse qui était derrière moi.
— Nous ne sommes plus en sûreté, me dit-il à voix basse, en se penchant de mon côté.
Je répondis par un léger sifflement musical.
— Pourquoi siffles-tu ? me dit-il surpris.
— C’est avec l’espoir d’apprivoiser un lézard. N’y en a-t-il pas quelques-uns autour de nous ?
— Il s’agit bien de lézards ! répondit mon cousin. Je crois que nous nous sommes fourvoyés au milieu d’une bande de Sam-Sings.
Singapour était terrorisé, à cette époque, par une société secrète chinoise que l’on appelait la société des Sam-Sings. C’est à elle que l’on attribuait tous les vols et tous les crimes qui se commettaient non seulement dans l’île, mais dans toute la Malaisie.
Il y a près de la porte, reprit mon cousin, un conciliabule de gens de mauvaise mine que je reconnais pour des Sam-Sings et le Chinois, tenancier de cette maison, vient de nous désigner à eux par un signe de tête épouvantable.