Il disait encore :

— Quand on regarde les choses d’une certaine hauteur on s’aperçoit que le passé n’existe pas et qu’il n’y a que le présent qui compte.

Il se reprochait alors d’avoir perdu son temps en prières et en confessions. La rédemption ! Me racheter de quoi ? C’est bien assez de penser à son salut à la fin de sa vie. Il faut jouir autant qu’on le peut.

Rachel l’impressionnait. Il prit l’habitude d’aller chez elle plus souvent. Mais elle demeurait aussi éloignée de lui qu’une Vierge dans une église, sur un autel.

— Cela ne m’est jamais arrivé avec aucune femme, se disait-il. Et comme il ne se rendait pas compte dans quelle mesure sa foi avait diminué et qu’il se trompait lui-même avec des formules, il se répétait pour s’excuser de son manque d’audace :

— Elle est le bon ange que Dieu m’a envoyé.

A d’autres moments il ajoutait :

— Un ange en chair et en os, tout de même. Un ange que j’ai trouvé chez Antonia.

Et il se plaisait à l’imaginer dans des poses lascives, dominée et complaisante.

Comme son amour-propre était immense, il laissait volontiers croire à ceux qui lui parlaient d’elle qu’elle était sa maîtresse. Il riait d’un rire entendu quand on lui demandait des renseignements sur le mari qu’il avait imaginé, ou il baissait les yeux modestement. Il éprouvait quelquefois le désir de la faire valoir pour qu’elle soit respectée. Il dit une fois à Mascarenhas qui l’interrogeait :