— Tous les terrains de l’île Divar et même ceux qui sont au delà des bras de la rivière, au nord, vont lui appartenir. Elle est plus riche que toi et moi.

Mais si on entrait trop rapidement dans ses vues, il en était mécontent. Il ne pouvait pas supporter non plus l’idée qu’on pût croire qu’elle exerçât une influence sur lui.

— Des juifs ne sont jamais que des juifs, disait-il alors. On a bien vu jadis le cas que j’en faisais.

Cependant il se rendit compte que Rachel deviendrait vite impopulaire à Goa à cause de sa qualité de juive. Cette impopularité pourrait rejaillir sur lui, nuire à sa situation plus tard. Il pensa qu’il y avait un moyen d’y remédier.

Un soir, assis à côté de Rachel sous la vérandah de sa maison, il lui fit part de l’espérance qu’il nourrissait de la voir se convertir à sa religion. Elle aurait la chance d’être baptisée par un grand saint à qui Dieu marquait sans cesse sa prédilection par des signes et des paroles. Cette conversion serait un exemple dont on parlerait et qui servirait la cause commune.

Durant qu’il parlait, il ne voyait du visage de Rachel qu’une masse d’ombre avec deux lueurs fixes sous l’auréole des cheveux, car ils n’étaient éclairés que par la lampe qui était derrière eux, dans le salon.

Les lueurs des yeux s’allumèrent à peine davantage. La réponse se fit attendre. Elle vint enfin, émise d’une voix sans timbre, assourdie.

Rachel ne disait pas non. Depuis qu’elle était à Goa elle devenait sensible aux beautés de la religion chrétienne. Elle voulait avant d’être baptisée connaître mieux le dogme et le pénétrer. Elle s’instruirait d’abord. Elle verrait ensuite.

Castro considéra ces paroles comme une sorte d’engagement. Il en remercia Rachel et dans un élan de reconnaissance, car il pensait que ce gain apporté à Dieu lui serait compté, il prit la main de Rachel et la garda dans la sienne. Cette main était chaude, fiévreuse et vivante et Castro sentit son cœur battre avec force.

Il lui sembla, en regardant devant lui le dessin que faisaient des branches de pandanus sur le fond d’azur sombre du ciel piqué par les éclats inaltérables des étoiles, qu’une splendeur insoupçonnée se révélait à lui pour la première fois.