Pedre de Castro eut un ricanement :
— C’est ce que nous allons voir ! Tu m’appartiens, entends-tu ?
Peut-être les paroles de son père l’avaient-elles influencée, à son insu. Rachel ne ressentit pas la colère qu’elle aurait éprouvé la veille à cause de ce tutoiement et de cette affirmation. Elle vit Castro regarder à droite et à gauche, faire quelques pas et revenir, comme un sanglier qui va foncer sur des chasseurs, en répétant :
— Où est Joachim ? Me diras-tu où il est ?
Elle eut peur de ce qui allait arriver, elle fut animée du sincère désir de l’arrêter. Elle pensa que c’était encore en son pouvoir.
— A quel titre prétendez-vous que je vous appartienne ? dit-elle doucement.
Il la considéra avec stupeur. Ses yeux se mouillèrent, ses bras retombèrent. Il chercha dans le tréfonds des lui-même des mots qui ne lui étaient pas familiers et qu’il prononça d’une voix tout à coup brisée par l’émotion.
— Mais parce que je t’aime, à présent je tiens à toi. La vie ne m’apparaît pas possible sans que tu sois là.
Le balbutiement de ce gros homme rouge, son effort dérisoire pour prononcer des paroles tendres, parurent à Rachel plus affreux que tout ce qu’elle avait redouté.
— Pedre de Castro, dit-elle avec gravité, vous ne savez pas seulement qui je suis.