LE BLEU DE L’ÉTOILE KI

Confucius s’éveilla, une nuit, en sursaut. Il s’assit sur son séant et il se demanda la cause de ce réveil, car il dormait d’ordinaire profondément comme ceux qui se portent bien et n’ont rien à se reprocher. Il y avait une tempête qui faisait gémir les toitures et s’engouffrait avec un grand bruit dans les rues en pente de la ville de Tséou.

Mais ce n’étaient pas les éclats du tonnerre et le ruissellement de la pluie qui avaient éveillé Confucius. C’était une bizarre voix humaine qui venait de la partie haute de la colline, au-dessus de sa maison.

Confucius pensa que l’inconvenance qu’il y avait à crier à pareille heure sur la colline provenait peut-être de quelque détresse qu’il était convenable de secourir. Il se leva donc, s’habilla, prit une lanterne et sortit.

La voix provenait de cet endroit du chemin où, entre des genévriers sauvages, Confucius avait remarqué, quelques jours auparavant, le tertre d’une tombe nouvelle. Il s’était arrêté devant cette tombe et il avait lu le texte gravé sur la tablette de bois où l’esprit du mort était censé venir se poser :

— Lu, la très gracieuse, la très humble, la très désintéressée, qui aimait toutes choses et tout le monde.

Confucius distingua une silhouette près du tertre et, à sa démarche boiteuse, il reconnut Mong-Pi. Sa chemise blanche était tellement collée à lui par la pluie qu’il semblait nu. Il agitait un bâton d’une manière menaçante et il clamait d’une voix terrible :

— Allez-vous en ! Encore plus loin, ou malheur à vous !

Et il faisait le geste de frapper des êtres invisibles. Puis il se précipitait à quatre pattes devant la tablette et, avec un accent empreint de douceur et de tendresse, avec un accent de consolation, il murmurait :

— Tu n’as plus rien à craindre. Ils sont partis. D’ailleurs je veille. Va, dors en paix, maintenant.