Confucius sentait des ruisseaux descendre dans son cou et le glacer, mais il avait chaud au cœur. Il devinait pourquoi Mong-Pi était là, le sens de ses cris et de sa sollicitude. Sans doute, quand elle vivait, sa mère avait peur de l’orage dans sa petite maison de la rue basse. Alors il avait pensé qu’elle devait avoir bien plus peur encore, solitaire sous le tertre mélancolique, près des genévriers. Il était venu la garder des mauvais esprits qui circulent avec les vents.

Confucius eut un irrésistible élan vers ce jeune homme dont la vertu filiale rachetait la mauvaise existence. Il s’avança vers lui, souleva sa lanterne pour être reconnu, puis, lui tendant les bras, il lui dit :

— Mong-Pi, à partir de cet instant, je veux que tu sois mon frère.

Mong-Pi le considéra avec surprise, il gratta sa tête ruisselante et répondit :

— Frères ? Mais nous l’avons toujours été.

Et il recommença à frapper l’espace de son bâton, à menacer les ondées de la pluie, à rassurer la tablette de bois où devait grelotter l’humble présence maternelle.

Confucius resta perplexe de cette réponse dont le sens lui était mystérieux. Et, en redescendant le chemin pour rentrer chez lui, trempé jusqu’aux os et soudain gelé, il songeait que la manifestation de la vertu est parfois aussi incompréhensible que la nuance du bleu de l’étoile Ki.

LE LUTH DE KI-KÉOU

Ki-Kéou était une jeune fille qui avait de grands rapports avec l’oiseau chanteur Tong-Hou-Fang. Elle était la fille de parents nobles et pauvres qui habitaient à quelque distance de Tséou une demeure qui se délabrait.

A l’imitation de l’oiseau Tong-Hou-Fang, qui volète d’une branche à l’autre sans raison, elle courait de ci, de là dans la maison pleine de poussière ou le jardin plein de mauvaises herbes et paraissait très occupée à de minimes choses sans importance. Elle aimait à jouer du luth avant l’aurore, et quand on lui reprochait de réveiller tout le monde sans raison, elle disait que la musique, n’est sublime qu’exactement un peu avant le lever du jour, théorie qui semblait absurde aux musiciens consultés à ce sujet.