LE RÊVE DE CONFUCIUS

Confucius fit un rêve.

A côté de son lit, entre deux paravents qui formaient le principal ameublement de sa chambre, se tenait Lao-Tseu.

Il avait sur son visage une expression plus bienveillante que lorsque Confucius l’avait vu au seuil du palais des Esprits de la terre. Il semblait ne pas être appuyé sur le sol et flotter bizarrement. Il y avait dans sa voix une sorte de commisération.

— Ainsi, tu es ministre ! Mais ne sais-tu pas que l’homme saint ne doit pas s’attacher à ses mérites et qu’il doit considérer la gloire comme une ignominie. N’as-tu pas honte d’être ministre d’un roi, de commander à la police et de préparer la guerre ?

Confucius répondit qu’il n’avait pas honte.

— Tant pis ! C’est que tu vois les choses par en bas. C’est que tu es troublé par le bruit des passions que tu veux refréner chez les autres et que tu n’as pas conscience de l’ambition qui te dévore. Tu n’as pas développé la puissance de perception de l’âme qui permet de contempler le double aspect des choses. Ah ! si tu pouvais t’élever un peu !

Alors Confucius s’aperçut que ce qu’il croyait être les deux paravents de sa chambre étaient d’immenses ailes que Lao-Tseu avait sur son dos et qui palpitaient doucement.

Et il s’aperçut, à un petit bruit derrière lui, qu’il avait aussi des ailes, mais infiniment plus petites que celles de Lao-Tseu, des moignons d’ailes qui battaient d’une façon un peu ridicule.

Mais il n’eut pas le temps de s’étonner. Lao-Tseu avait fait un signe et Confucius volait maintenant derrière lui, dans le crépuscule qui précède l’aurore.