Sa première pensée fut que le sage avait justement choisi pour l’extravagant exercice auquel il l’entraînait l’heure où Ki-Kéou aimait jadis à jouer du luth dans son jardin.

Les grandes ailes de Lao-Tseu faisaient un bruit mystérieux et Confucius s’essoufflait derrière lui.

— J’ai peur de tomber, murmura-t-il.

Ils avaient dépassé les nuages. Ils frôlaient des pics rocheux, des sommets inaccessibles où il y avait une neige livide.

— Nous sommes trop haut, dit Confucius.

— On n’est jamais trop haut, dit Lao-Tseu. Le ciel est immense.

Ils dépassèrent ces sommets et ils en longèrent d’autres plus hérissés, plus désolés, sans végétations, nus comme l’intelligence pure.

— J’ai peur de me heurter à ces aiguilles de pierre, dit Confucius.

— Ne vois-tu pas que ce ne sont pas des rochers, mais des idées, dit Lao-Tseu. Il suffit de ne pas avoir peur pour les traverser aisément et rendre vide leur solidité.

Et Confucius le vit avec stupeur passer au travers d’une énorme montagne avec autant de facilité qu’il serait passé au travers d’une brume légère.