Mais, comme elle avait du bon sens, elle s’en émerveillait bien moins que de ce qui lui était arrivé pendant la nuit quand elle s’était étendue à côté du sous-préfet de Tséou.

Et quand, neuf mois après, elle apprit que deux Dragons ailés avaient enlacé sa maison durant qu’elle souffrait des douleurs de l’enfantement et que les cinq Vieillards sacrés, esprits des cinq planètes du ciel, étaient descendus dans sa cour pour s’entretenir des choses célestes, elle détourna la tête et considéra son ventre, comme le symbole d’un mystère vulgaire mais immense, mystère plus mystérieux que la présence des deux Dragons ailés et des cinq Vieillards planétaires.

MONG-PI

Le sous-préfet de Tséou disait avec orgueil, avec force, avec gravité :

— Il ne me fut donné qu’un fils.

Mais il savait bien qu’il en avait deux.

La ville de Tséou s’étageait au flanc d’une colline. Les plus belles maisons étaient sur la hauteur et, à mesure que l’on descendait, les jardins étaient plus petits et les toits, au lieu d’être d’ardoise, étaient faits de chaume tressé. Selon une rigoureuse prescription, toutes les rues avaient, chaque cent vingt tche, une lanterne de papier peint. Il n’y en avait qu’une seule qui n’avait pas de lanterne, c’était celle qui avait le plus besoin de lumière, une rue mal famée, au bas de la ville, qui se perdait dans la vallée.

Pour ce qui est de cette rue, le sous-préfet de Tséou négligeait ses propres ordonnances, car régulièrement, quand c’était la nouvelle lune, il s’y glissait furtivement à la tombée de la nuit, il la descendait d’un pas rapide. Il préférait alors ne pas être vu et il avait donné des ordres secrets à ses fonctionnaires de police pour qu’aucune lanterne n’y fût allumée.

— Le mal, disait-il, doit rester secret.

A la faveur de ces ténèbres, les mauvais hommes s’assemblaient, ils buvaient du vin de riz dans des boutiques enfumées, des femmes s’accroupissaient devant les seuils, la misère, immobile durant le jour, s’agitait et souffrait davantage en cherchant la joie dans l’ombre.